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Iconologie : image, texte, idéologie mars 14 2010

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Un livre de W. J. Thomas Mitchell (Les Prairies Ordinaires, 2009, 317 p. 24 euros) chroniqué prochainement…

“La valeur esthétique d’une image ne peut être déduite sur la base d’une conception naturaliste ou essentialiste; elle dépend de ce qu’une culture importe dans l’oeuvre”

4ème de couverture : A la confluence de l’histoire de l’art, de l’esthétique, de la théorie littéraire et des cultural studies, une discipline proprement ” inouïe ” a vu le jour outre-Atlantique : les visual studies. W.J.T. Mitchell en aura été l’un des principaux instigateurs. Avec son Iconologie, l’auteur nous pousse à considérer l’image en ce qu’elle participe de l’intégralité de la sphère sociale, mais aussi en ce qu’elle empreint toute discipline en son épistémologie même, de la littérature aux sciences, et toute politique, de l’image-making des politiciens à leurs discours - de la ” fabrication d’une certaine image ” à ” l’art de faire croire à la réalité de cette image “, disait Hannah Arendt. Mitchell interroge ainsi à la fois la force du discours porté sur les images ou instrumentalisant les images et la performativité de ces discours sur le visible. Ses relectures de Burke, Lessing ou Marx montrent en quoi l’image est le siège d’un pouvoir spécifique, attisant les conflits entre iconophiles et iconoclastes : l’image se meut en fétiche, objet d’orgueil et de vénération, ou devient signe d’un ” autre ” racial, social ou sexuel, objet d’aversion et de peur. A la recherche d’une théorie critique qui ne se satisferait pas des commodités de l’iconoclasme, Mitchell s’attelle à une déconstruction des idéologies de l’image, une déconstruction qui va jusqu’à reconsidérer l’idée même d’” idéologie “. D’autre part, si l’historicité du regard avait pu être prise en compte par l’histoire de l’art dès le XIXe siècle, et si l’on ne saurait aujourd’hui faire l’impasse sur la construction sociale du regard, l’idée d’une construction visuelle de l’idéologie, de la philosophie, du langage et du social en son entier restait à formuler. De cette réflexion découlent plusieurs ouvrages, dont Iconologie forme l’enquête généalogique inaugurale.

Le cinéma au prisme des rapports de sexe novembre 23 2009

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Un livre de Noël Burch et Geneviève Sellier (Vrin, 2009, 128 p. 9,80 euros)

Voici un petit bouquin pratique, pas cher et nécessaire, écrit par deux universitaires français que j’affectionne tout particulièrement et dont l’originalité est bien de se positionner, c’est le moins que l’on puisse dire, à contre-courant de la doxa cinéphilique française. Car Burch et Sellier, qui n’en sont pas à leur premier coup d’essai, bataillent depuis maintenant de nombreuses années pour sensibiliser la nomenklatura auteuriste à la richesse des études culturelles anglo-américaines, les gender et cultural studies. Pour faire simple, ces approches « socioculturelles » ont pour vocation d’étudier les discours sociopolitiques et culturels des œuvres filmiques sans mépris pour les productions populaires et commerciales, là où l’approche auteuriste célèbre inlassablement le génie esthétique de créateurs isolés - et souvent confidentiels - coupés de toute contingence sociale.

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Tarantino is dead ? septembre 5 2009

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C’est la rentrée et je suis énervé, et ce, pour au moins deux bonnes raisons. La première c’est que je suis en train de lire ce bouquin sur Tarantino édité chez Denoël (photo ci-contre), et que je le trouve carrément mauvais. Mais c’est plus fort que moi, je termine toujours les livres que j’ai ouverts (et achetés !). Et là, je bouillonne… L’auteur (écrivain newyorkais) passe son temps à s’écouter parler, nous raconte sur plusieurs pages les histoires qu’on a vues et revues et qu’on connait par cœur, sans jamais vraiment faire mention du style et de la mise-en-scène, autrement dit de l’essentiel de ce qui fait l’originalité et le talent du réalisateur. Il y avait pourtant tellement à dire. Sans intérêt donc. Je noterai au passage qu’il est assez symptomatique que nous n’ayons pas encore eu d’études sérieuses en France sur l’œuvre de ce cinéaste pourtant essentiel. Mais là rien d’étonnant, Tarantino n’est assurément pas assez “légitime” pour nos intellos du 7eme art. La deuxième mauvaise nouvelle, plus grave, c’est que j’ai vu Inglourious Basterds et que je dois bien me rendre à l’évidence, le cinéaste a perdu de sa verve et s’est bien ramolli. Il tourne de plus en plus en rond et donne à l’occasion dans l’autoparodie ennuyante. Alors bien sûr, un mauvais film de Tarantino reste encore un bon film, mais bon, la déception est quand même là…

Chéribibi, revue alternative de culture populaire juin 9 2009

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Quelle bonne surprise que cette petite revue découverte presque par hasard ! Il faut dire qu’il n’est pas courant de tomber sur un zine de qualité traitant exclusivement, et avec intelligence et respect, de la culture populaire.

Mais de quoi est-il donc question ici ? Chéribiquoi ? Oui, c’est vrai que le truc reste quand même assez énigmatique au premier abord… D’abord parce que Chéri-Bibi, héros de roman populaire du début du XXe siècle, n’est plus vraiment à la page. Ensuite parce qu’il faut prendre un peu de recul pour lire et comprendre la couverture de ce numéro 4 paru en mai dernier et consacrée aux Black Panthers. Du coup, les écueils sont nombreux avant d’arriver à feuilleter ladite revue (diffusée par-ci par-là, chez quelques libraires spécialisés ou disquaires engagés), mais le détour en vaut la peine. (more…)

Tausend Augen #32 mai 13 2009

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Bonne nouvelle ! La dernière livraison de la revue Tausend Augen (T.A pour les intimes) vient de paraître et - attention ! - c’est que du très très bon. Au programme une réflexion sur l’identité de Gauche au cinéma à travers une quinzaine d’articles et d’entretiens particulièrement décapants et habilement nourris des dernières réflexions cultural et gender studies.

Extrait de l’avant-propos : “Face à l’impuissance politique de la gauche française de ce début du 21ème siècle qui n’arrive plus à s’imposer comme une force intellectuelle de changement animée par des visions d’avenir, il nous a semblé primordial - sans pour autant limiter notre approche au contexte français - de consacrer un dossier à ces productions culturelles et propositions théoriques traversées par une pensée dite de gauche. Textes critiques et entretiens sont l’occasion d’aborder quelques lieux où s’inscrivent des imaginaires de gauche. A travers réalisations cinématographiques et télévisuelles contemporaines, il s’agit pour Tausend Augen d’analyser les postures intellectuelles qui informent ces imaginaires, de revenir sur leurs points aveugles, leur rapport aux “minorités visibles”, leurs conceptions des identités de genres. Nous tentons d’interroger les impasses de certaines perspectives critiques de gauche face à la complexité du monde réel et des rapports de force (entre genres, races, classes) qui l’anime (….) In fine, il s’agit également d’entrevoir les lieux d’une possible rénovation des imaginaires de gauche, supports d’une reconquête des devenir sociaux”.

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Paul Carpita, cinéaste franc-tireur : entretiens avec Pascal Tessaud avril 27 2009

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Editions l’Echappée, 2009, 158 p., 15 euros

« De toute manière, je ne me suis jamais considéré comme un cinéaste, je resterais toujours un instituteur des quartiers nord, fils d’un docker et d’une poissonnière de Marseille qui aime passionnément le cinéma ». C’est ainsi, avec une modestie caractéristique des personnes issues de milieux populaires, que Paul Carpita conclue son témoignage dans ce livre-entretien que lui consacre Pascal Tessaud.  Et pourtant, Carpita n’est pas qu’un simple « cinéaste du dimanche » comme l’ont cru trop rapidement les « professionnels de la profession » de naguère. Il est au contraire un cinéaste de premier plan, avant-gardiste, moderne, incontournable – appelez-le comme vous voulez – mais aussi… oublié.

Et pourtant, son Rendez-vous des quais (1955) est assurément, comme le souligne Jean-Pierre Thorn dans la postface, « le maillon manquant du cinéma français », le trait d’union entre Toni de Renoir et A bout de souffle de Godard.

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Blaxploitation 70’s Soul Fever ! février 15 2009

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Un livre de de Julien Sévéon (Bazaar and Co, 2008, 192p. 19,50 euros)

Julien Sévéon, déjà auteur chez Sulliver d’un Cinéma enragé au japon à succès (2006), vient de lancer chez Bazaar and Co une nouvelle collection nommée Cinexploitation portant sur les films d’exploitation. Mais kesaquo les films d’exploitation ? Ben, ce sont des productions à petits budgets, tournées pour l’essentiel dans les années 50-70, explorant le plus souvent des sujets sensationnels (prisons de femmes, bikers, horreur, déviances en tous genres) abusant volontiers de la violence et de la nudité. En somme des films que l’histoire officielle et bien-pensante du cinéma a tout simplement ignorés. Comme le rappelle JS : « Tout un pan du cinéma s’est développé loin de l’histoire officielle du 7e art. Un monde fait de productions à petits budgets aux sujets sensationnels, osés, tabous ou extrêmes, dont les mots d’ordre étaient d’en mettre plein les yeux aux spectateurs. Redoublant d’ingéniosité pour satisfaire les exigences de la production tout en cherchant à offrir des films dynamiques et, parfois, novateurs, les réalisations de ces films destinés aux cinémas de quartier représentent, bien plus que leurs collègues établis, le vrai sang et la chair du 7e art. Cinexploitation veut rendre hommage à ce cinéma souvent décriée par la critique, et à celles et ceux qui ont passé leur vie pour qu’il se développe et existe. Bienvenue dans la face cachée du cinéma mondial ! ».

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Les Stars et le star-système en France janvier 12 2009

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Un livre de Ginette Vincendeau (éditions L’Harmattan, collection « Champs Visuels étrangers », 2008, 312 p. 28,50 euros).

L’ouvrage de Ginette Vincendeau est tout simplement passionnant et brillant. Brillant et passionnant par son approche originale, par son érudition et par son écriture claire, simple et dense à la fois. Les Stars et le star-système en France s’inscrit dans la tradition des Cultural studies anglo-saxonnes et plus particulièrement dans les Star studies, disciple initiée outre-Atlantique par Richard Dyer (voir son ouvrage Stars paru en 1979 et traduit dans la même collection en 2004 sous le titre Le Star-système hollywoodien, suivi de Marilyn Monroe et la sexualité). Les Star studies consistent essentiellement à analyser l’impact des acteurs célèbres sur les œuvres dans lesquelles ils jouent mais aussi sur la société en général. Comme l’explique Vincendeau : « Mon but est d’analyser le jeu et le type de personnages joués par les grandes stars du cinéma français, ainsi que la signification de leur persona sur un plan socioculturel tout en prenant en compte l’esthétique des films » (p. 9).

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Peter Biskind l’indompté novembre 15 2008

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Gods and Monsters de Peter Biskind (Nation Books, 2004)

Cet été j’étais à San Francisco et bien sûr le premier endroit dans lequel je me suis rendu est le quartier de Haight-Ashbury, épicentre de la contre-culture des années soixante. Après avoir erré là quelques heures sans vraiment savoir ce que je cherchais, je suis entré dans une librairie et mon regard a aussitôt été attiré par une couverture aux couleurs psychédéliques sur laquelle on pouvait vaguement reconnaître le visage de Brando dans Le Parrain et à côté duquel deux mots se détachaient : Peter Biskind. Je connaissais cet auteur pour avoir dévoré quelques années auparavant son Nouvel Hollywood traduit en 2002 chez le Cherche Midi, plongée hallucinante dans l’univers déjanté des movie brats qui révolutionnèrent le cinéma hollywoodien dans les années 70 (les Coppola, Hopper, Scorsese, De Palma, Ashby, Bogdanovitch…). J’avais aussi lu son Sexe, mensonges et Hollywood (Le Cherche Midi, 2006) mais avec beaucoup moins d’attention. J’avais en effet trouvé sa charge anti-Redford et anti-Miramax moins passionnante et surtout plus amère. Du reste, pour moi, Biskind demeurait associé aux tumultueuses années soixante-dix et je l’imaginais un peu comme un Lebowski cinéphile, non pas fan inconditionnel des Creedence mais plutôt de Hal Ashby (l’un n’empêchant pas l’autre, bien au contraire). D’ailleurs le bonhomme fut durant les années soixante un militant pacifiste convaincu et acharné.

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Media Crisis de Peter Watkins novembre 2 2008

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Un livre de Peter Watkins, éd. Homnisphères, 2007 (240 p. 12 euros)

Le livre de Peter Watkins est un ouvrage essentiel pour quiconque s’intéresse au cinéma politique et aux relations entre médias et idéologies. Pour autant, même s’il pose des questions fort pertinentes, cet essai n’est pas dépourvu d’ambiguïté, comme nous allons le voir, dans la mesure où il oppose sans nuance un cinéma politique qui se voudrait civique et démocratique et un cinéma grand public aliénant et manipulateur responsable de tous les maux de nos sociétés.

Peter Watkins fait parti de ces rares cinéastes qui, à mes yeux, force au plus grand respect. Déjà par la qualité de ses films qui ne laissent jamais indifférents (citons La Bombe, Punishment Park ou encore La Commune), mais aussi pas sa posture unique et constante à explorer des voix alternatives avec une rare intégrité. La parution en 2003 de son essai Medias Crisis parachève ce projet de subversion des formes classiques du cinéma dominant en conférant une cohérence théorique à son travail de cinéaste. Sa réflexion autour de la crise des mass-médias audiovisuels et principalement sa critique de ce qu’il nomme la « Monoforme » éclaire d’un jour nouveau sa démarche, confirmant ce faisant son statut de chef de file d’un cinéma militant et alternatif. (more…)



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