Tarzan à Hollywood : variations autour d’un mythe janvier 2 2010
Infos : , 2commentaires
Depuis 1918, Hollywood a produit pas moins de 50 films s’inspirant du personnage créé par E. R. Burroughs. Mais il ne s’agit-là que de la partie émergée de la filmographie tarzanienne tant les produits de contrebande demeurent nombreux en la matière, des bollywood aux spaghettis en passant par le X et la série Z, sans même parler des tarzanides (Georges de la jungle entre autres). C’est dire si les films de Tarzan constituent un genre à part entière. Mais si les avatars s’avèrent nombreux, rares sont ceux qui rendent véritablement justice à l’œuvre de Burroughs. Et même en ne considérant que la filmographie officielle anglo-saxonne, force est de constater que le mythe de Tarzan a subi bien des vicissitudes du papier vers l’écran. A tel enseigne que Burroughs lui-même, pourtant passionné par le septième art, fut toujours très critique vis-à-vis de ces œuvres. Quant à Francis Lacassin, notre tarzanologue national, son verdict reste sans appel : « Par quelles complicités, la sottise, le mauvais goût, l’ignorance, la cupidité et le scoutisme ont-ils réussi à châtrer, falsifier et pervertir l’un des mythes modernes les plus fascinants. L’exaspération des censures, l’esprit de lucre, l’indigence des réalisateurs et la débilité mentale des scénaristes ont été les atouts majeurs de cette remarquable entreprise de falsification » [1]. Petite visite donc à travers une filmographie riche, inégale et souvent douteuse, mais toujours susceptible de nous renseigner sur les phobies et fantasmes de ce 20ème siècle tourmenté.
Les Beatles racontés par le cinéma octobre 4 2009
Infos : , ajouter un commentaire
L’histoire du rock racontée par le cinéma (4) : Beatlemania et cinéma
Trois films ont raconté la naissance des Beatles, c’est à dire leur période rock’n'roll précédant leur succès phénoménal et la beatlemania des années 1963-64. In His Life : The John Lennon Story (David Carson, TV 2000) est somme toute le plus complet mais aussi, assurément, le plus raté. Centré, comme son titre l’indique, plus particulièrement sur le personnage de John Lennon, il couvre la période qui s’étend de 1957 à 1964, autrement dit du jour ou John a acheté sa première guitare à l’âge de 16 ans jusqu’au départ des Beatles pour les États-Unis en 1964. Tous les épisodes “mythiques” y figurent : la rencontre avec Paul, la mort de Julia (la mère de Lennon), le séjour du groupe à Hambourg, l’invention de la “coupe au bol”, la mort de Stuart Sutcliffe, les premiers succès au Cavern Club, la prise en main par Brian Epstein, etc. Le téléfilm, disons-le franchement, est bâclé. Tout est cheap, la ressemblance avec les personnages réels est très loin d’être évidente et la réalisation pallie le manque de moyens par des mouvements incessants de caméra qui finissent par donner la gerbe. La seule bonne idée à sauver est ce plan qui montre les Fab Four se rendant aux studios Abbey Road en 1962 pour leur premier enregistrement et traversant le fameux passage piéton en blousons noirs. Pour le reste, ce film n’apporte strictement rien à l’histoire du cinérock. D’autant qu’un autre téléfilm, sorti vingt ans plus tôt, en 1979, racontait - plutôt bien - la même histoire, à savoir comment une bande de blousons noirs turbulents tout droit sortis des faubourgs prolétariens de Liverpool et coatchés par un disquaire gay visionnaire allaient littéralement changer le cours de la pop-music.
Pam Grier, de la blaxploitation à Tarantino septembre 29 2009
Infos : , 4commentaires
Pour fêter la sortie aux USA de Black Dynamite (film tarantinesque tourné en hommage à la Blaxploitation qui s’annonce particulièrement savoureux) - et en attendant sa sortie française prévue pour janvier 2010 - lesensdesimages vous propose un petit portrait de celle qui incarna sans doute le mieux l’esprit blax’, la bien nommée “Queen of Blaxploitation”, alias “Coffy”, a.k.a. “Foxy Brown”, je veux bien sûr parler de Pam Grier. Portrait.
Fille d’un militaire de carrière, mécanicien dans l’US Air Force, Pamela Suzette Grier passe toute son enfance à voyager de base en base à travers l’Europe. Quand elle a 14 ans, ses parents reviennent aux États-Unis et s’installent à Denvers. A 18 ans, elle participe à un concours de Miss Colorado et s’y fait repérer par un agent, Dave Baumgarten, qui l’encourage à se rendre à Hollywood. En tant qu’imprésario il lui fait suivre des cours d’art dramatique et, en attendant des jours meilleurs, l’emploie comme standardiste. C’est d’abord pour exercer cette fonction qu’elle entre chez AIP (American International Pictures) la compagnie qui distribue entre autres les films de Roger Corman. Mais très vite, repérée pour sa plastique agréable et sa voluptueuse poitrine, elle va enchaîner les productions de série B jusqu’à devenir l’une des icônes du cinéma de blaxploitation.
Le Rock and Roll raconté par le cinéma septembre 28 2009
Infos : , 2commentaires
L’histoire du rock racontée par le cinéma (3) : Rock and Roll Hall of Fame
La deuxième moitié des années 50 voit l’explosion du rock’n'roll avec Elvis Presley, Chuck Berry, Little Richard, Jerry Lee Lewis, Buddy Holly, Bo Diddley, Carl Perkins et bien d’autres. Le cinéma s’empare très vite du phénomène, comme en témoigne le film La Blonde et moi (Frank Tashlin, 1956) dans lequel apparaissent, entre autres, Gene Vincent, Fats Domino, les Platters ou Little Richard qui jouent leur propre rôle lors d’interludes musicales. Sans compter bien sûr les films avec Elvis (Le Rock du bagne, King Creole, etc.). Mais le rock’n'roll ne durera qu’un temps très bref. Alors même que la décennie n’est pas encore terminée, la plupart des pionniers disparaissent de la scène médiatique d’une manière ou d’une autre : Elvis part pour l’armée en Allemagne, Little Richard entre dans les ordres, Jerry Lee Lewis voit sa carrière ruinée après avoir épousé sa cousine de 13 ans, Chuck Berry se retrouve derrière les barreaux, Eddie Cochran, Buddy Holly et Ritchie Valens se tuent dans des accidents de voiture ou d’avion… Sale temps pour le rock. Comme si les biens-pensants avaient réussi à reprendre le contrôle de leurs chères têtes blondes. Dès lors, la musique pop passera à la moulinette de producteurs sans scrupule qui en feront de la guimauve aseptisée… jusqu’à l’irruption de la tonitruante scène R’n'B anglaise, vers 1963-1964, mais c’est une autre histoire.
Elvis raconté par le cinéma septembre 16 2009
Infos : , 2commentaires
L’histoire du rock racontée par le cinéma (2) : Et le King fut !
Aussi étonnant que cela puisse paraître, Elvis n’a pas encore eu droit à un long métrage digne de ce nom. Alors, heureusement, il existe ce film de 2h30 plutôt méconnu, bien que culte pour certains, réalisé pour la TV par John Carpenter (juste après Halloween), un téléfilm donc sobrement intitulé (en français) Le roman d’Elvis (1978). Avec un nom pareil et vu les circonstances de sa production (l’année suivant la mort du King), on se doute bien que ce biopic n’ira pas sortir les dossiers compromettants concernant la défunte star pas encore complètement refroidie. Pour autant, et malgré une reconstitution plutôt cheap, le résultat se laisse regarder sans faim, et ceci grâce avant tout à la prestation d’un Kurt Russell en très grande forme (une prestation qui lance sa carrière), un Kurt qui a dû pour l’occasion passer pas mal de temps devant son miroir pour reproduire la célèbre moue narquoise et les déhanchements torrides du roi du rock. Et la ressemblance en devient souvent troublante.
L’histoire du rock racontée par le cinéma septembre 15 2009
Infos : , ajouter un commentaire
Le cinéma a eu un bébé et il s’appelle rock’n'roll… Enfants terribles du XXe siècle - l’un a un peu plus de 100 ans, l’autre 50 ans passé - ces deux expressions du génie populaire et de la culture de masse n’ont cessé, depuis maintenant plus d’un demi-siècle, d’entretenir des relations incestueuses. Elvis, pour ne citer que lui, était un cinévore avéré, un fan inconditionnel de Marlon Brando (L’Equipée sauvage) et de James Dean (La Fureur de vivre) et un acteur hollywoodien (malheureusement gâché). Et les exemples de chanteurs-acteurs ne manquent pas dans l’histoire de la pop music (John Lennon, Mick Jagger, David Bowie, Bob Dylan, Iggy Pop …).
C’est donc à un panorama du ciné-rock, genre prolifique s’il en est, que je vous convie ici, une manière d’histoire du rock vue à travers les nombreux “biopics” (films biographiques) sur les rock stars qui ont aussi fait l’histoire du 7eme art.
Eloge du cinéma bis américain (50’s-60’s) mai 7 2009
Infos : , 1 commentaire 
Il est impressionnant de constater combien le cinéma hollywoodien est passé à côté de la contre-culture jeune des années 50 et 60, et ce n’est pas des productions édulcorées comme La Fureur de vivre, L’Equipée sauvage ou les films avec Elvis qui attesteront du contraire. Alors même que la société étasunienne est en pleine effervescence (rock’n'roll, libération sexuelle, affirmation des minorités), le cinéma mainstream continue lui, inexorablement, à produire des films insipides et consensuels. C’est ainsi du côté des productions indépendantes, autrement dit du cinéma bis - ou d’exploitation - diffusées dans les drive-in et les grindhouse qu’il faut se tourner pour retrouver un peu de la folie libertaire de ces turbulentes années de révolution culturelle.
We Blew It ! ou comment Hollywood a récupéré le cinéma bis mai 6 2009
Infos : , ajouter un commentaire

Durant les années 50 et 60 Hollywood connaît la plus sérieuse crise de son histoire. La concurrence de la télévision a fait chuter le nombre de spectateurs de moitié depuis les années 50, divisant par deux, voire par trois dans les pires années, la quantité de films produits par an au début des années 60. Du coup, la plupart des grands studios sont en faillite et doivent être rachetés par d’importants groupes financiers : MCA acquiert par exemple Universal en 1962 tandis que Gulf & western rachète la Paramount en 1966 et que TransAmerica Corps investit dans United Artists en 1967.
Encodage/décodage et lectures plurielles : l’exemple de 300 (Zack Snyder, 2007) mars 10 2009
Infos : , 1 commentaire

Lorsqu’on se penche sur l’analyse idéologique des productions audiovisuelles, on se retrouve confronté à un véritable problème de fond : la polysémie des images. Il fut un temps où les marxistes post-soixante-huitards ne s’embarrassaient guère de telles considérations et décrétaient unilatéralement que toute production émanant du Grand Capital était irrémédiablement entachée idéologiquement, puisque le cinéma – et le cinéma hollywoodien a fortiori – n’était rien d’autre que le « nouvel opium du peuple ». « On ne saurait nier, en effet, que les gens trouvent très souvent dans les films une compensation aux déceptions et aux désarrois provoqués par la vie réelle. En entretenant le goût pour les films d’illusion, de masquage du réel, l’industrie cinématographique fonctionne comme un appareil idéologique global qui pétrifie le donné social dans son état présent » [1].
X-men, pop-culture et politique mars 4 2009
Infos : , 3commentaires

En 2000, X-Men de Brian Singer, bientôt suivi de X-Men 2 (Brian Singer, 2003) et X-Men l’affrontement final (Brett Ratner, 2006) signe le grand retour des super héros au cinéma. La trilogie culte inspirée des comics Marvel rencontre un très large écho en salle : presque 300 millions de dollars de recette (pour un budget de 75 millions) pour le premier opus, 400 millions pour X-Men 2 et 440 pour le troisième volet. Autant dire, un énorme succès populaire. Ce qui est particulièrement intéressant avec cette saga, au-delà de toute considération esthétique, c’est combien ces films sont représentatifs de l’inventivité et de la richesse de tout un pan de la production hollywoodienne. En effet, alors même que beaucoup – a fortiori parmi les élites – ne voient dans le cinéma commercial américain qu’un « mauvais objet culturel » abrutissant et sans intérêt, il me semble que des œuvres comme les X-Men disent justement bien la complexité d’un grand nombre de ces films qui, derrière leur apparence de blockbusters de divertissement un peu simplistes, n’en demeurent pas moins de passionnantes réflexions sur les questions sociopolitiques qui agitent nos sociétés. Les X-Men, au-delà de leur dimension spectaculaire et distrayante, proposent en effet une réflexion très pertinente sur la question de l’Autre dans la société étasunienne d’aujourd’hui, mais aussi une nouvelle façon d’aborder la question de l’altérité dans le cinéma hollywoodien – ce que peu de critique français ont su voir…