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Les Beatles racontés par le cinéma octobre 4 2009

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Un seul groupe peut prétendre égaler la filmographie du King Elvis et il s’agit bien sûr des Beatles. De nombreux films leur ont été consacrés, et ce dès les sixties, des documentaires bien sûr mais aussi des films de cinéma (dont certains dans lesquels ils jouent leur propre rôle) et des téléfilms. La liste est donc impressionnante mais aussi de qualité inégale. Retenons surtout que sur le terrain de la rivalité Lennon/McCartney, le premier l’emporte haut la main sur le second - mais il faut dire qu’il a eu la bonne idée de disparaitre à tout juste 40 ans…

Quatre films ont raconté la naissance des Beatles, c’est à dire leur période rock’n'roll précédant leur succès phénoménal et la beatlemania des années 1963-64. Le plus récent à ce jour est une production britannique titrée Nowhere Boy (2009) et réalisé par Sam Taylor-Wood dont c’est le premier long-métrage. Le film évoque les dernières années de l’adolescence de Lennon à Liverpool (alors qu’il a 15-17 ans) et s’achève en 1960 avec le départ des futurs Beatles pour Hambourg. L’intérêt du film réside ainsi essentiellement dans le choix de la réalisatrice de laisser de côté la « mythologie Beatles » pour se focaliser sur une personnalité en gestation et brosser le portrait d’un jeune homme finalement assez « ordinaire ». Le fait que le quidam soit baptisé John Lennon finirait presque par paraître anecdotique. D’ailleurs Taylor-Wood n’a pas cherché à filmer des sosies, sans doute pour mieux prendre ses distances avec le mythe mais aussi, assurément, pour se concentrer davantage sur la vérité intérieure des personnages. Car ce que le film nous raconte c’est surtout l’histoire douloureuse d’un jeune garçon de l’Angleterre d’après-guerre, abandonné par ses parents et tiraillé par l’amour qu’il porte à deux femmes, sa tante Mimi et sa mère Julia qui décèdera alors qu’il est encore adolescent.

Voir Nowhere Boy permet ainsi de mieux saisir la complexité - et la fragilité - du futur Beatle et éclaire d’un jour nouveau nombre de compositions comme I’m a Looser, Help, Julia, Maggie May, Don’t Let Me Down, Mother…  Pour cette raison, mais aussi pour la qualité de la reconstitution (décors et costumes), pour le jeu des acteurs (dont celui de Kristin Scott Thomas impressionnante dans le rôle de Mimi), pour la musique (dont I Pull A Spell on You de Screaming Jay Hawkins) et pour quelques effets de mise-en-scène particulièrement réussis (par exemple le passage en accéléré au cours duquel John apprend la guitare), Nowhere Boy gagne à être vu… et revu.

Backbeat (1994) débute lui quand prend fin Nowhere Boy, au moment ou les Beatles partent pour Hambourg. Le parti pris du réalisateur anglais Iain Softley a été cette fois de centrer le récit sur la courte existence du “cinquième Beatles”, le beau Stuart Sutcliffe, artiste peintre maudit mort prématurément à l’âge de 21 ans d’une hémorragie cérébrale. Inconvénient : le film n’évoque que les années 60-62 et, surtout, n’offre à Lennon et à McCartney que des rôles secondaires pas toujours très valorisants. Mais le film vaut quand même le coup d’œil tant il parvient à transcrire parfaitement l’énergie et le brin de folie qui animaient alors les jeunes Beatles convertis à la rock-attitude synonyme de blousons noirs, de décibels, d’amphétamines et de sexe sauvage. Le récit nous permet là aussi de comprendre les cicatrices de Lennon au regard de son attachement pour Stuart, autre être aimé disparu trop tôt.

Parmi les films retraçant la naissance du groupe, le téléfilm In His Life : The John Lennon Story (David Carson, 2000) est somme toute le plus complet mais aussi, assurément, le plus raté. Centré, comme son titre l’indique, plus particulièrement sur le personnage de John Lennon, il couvre la période qui s’étend de 1957 à 1964, autrement dit du jour ou John a acheté sa première guitare à l’âge de 16 ans jusqu’au départ des Beatles pour les États-Unis en 1964. Tous les épisodes “mythiques” y figurent : la rencontre avec Paul, la mort de Julia (la mère de Lennon), le séjour du groupe à Hambourg, l’invention de la “coupe au bol”, la mort de Stuart Sutcliffe, les premiers succès au Cavern Club, la prise en main par  Brian Epstein, etc. Le téléfilm, disons-le franchement, est bâclé. Tout est cheap, la ressemblance avec les personnages réels est très loin d’être évidente et la réalisation pallie le manque de moyens par des mouvements incessants de caméra qui finissent par donner la gerbe. La seule bonne idée à sauver est ce plan qui montre les Fab Four se rendant aux studios Abbey Road en 1962 pour leur premier enregistrement et traversant le fameux passage piéton en blousons noirs. Pour le reste, ce film n’apporte strictement rien à l’histoire du cinérock. D’autant qu’un autre téléfilm, sorti vingt ans plus tôt, en 1979, racontait - plutôt bien - la même histoire, à savoir comment une bande de blousons noirs turbulents tout droit sortis des faubourgs prolétariens de Liverpool et coatchés par un disquaire gay visionnaire allaient littéralement changer le cours de la pop-music.

Ce téléfilm, titré Birth of the Beatles (Richard Marquand, ABC, 1979) qui couvre la même période 1960-1964, a en plus le mérite d’être filmé en décors naturels (rappelant parfois les premiers essais télévisuels d’un Ken Loach) ce qui, ma foi, lui donne une certaine crédibilité. Pourtant les Beatles eux-mêmes désapprouvèrent, paraît-il, cet hommage romancé, sans doute - et entre autres- à cause de la version que propose le film du limogeage de Bete Best (Best, premier batteur des Beatles, qui était consultant pour le film et qui s’est quelque peu octroyé un rôle plus valorisant que ce qu’il fut en réalité).

La suite de la carrière des Beatles, les fameuses années de la beatlemania, on la trouve dans deux films de 1964-65 dans lesquels les “quatre garçons dans le vent” interprètent leur propre rôle : A Hard Day’s Night (1964) et Help! (1965), tous deux signés Richard Lester. Alors… comment décrire ces deux ovnis cinématographiques ?…. disons qu’il se situent quelque part entre le biopic pseudo-biographique et un délire des Monty Python dans ce qu’ils ont de plus absurde et de plus loufoque. Mais c’est ça qui est drôle avec les Beatles, c’est que malgré leur succès inégalé, ils ne se prennent jamais au sérieux. Alors, c’est sûr, il faut être un peu fan de l’humour britannique…

L’année suivante est 1966 et c’est précisément l’année où débute John and Yoko : A love story (NBC, 1985). Réalisé par un certain Sandor Stern pour NBC seulement cinq ans après la disparition du Beatle, ce téléfilm plutôt réussi évoque sur près de 2h30 la fabuleuse histoire d’amour fou du rocker anglais rebelle et idéaliste et de l’artiste japonaise avant-gardiste, de leur première rencontre en 1966 à l’assassinat de John en 1980, tout cela de façon bien évidemment romancé et édulcoré. Sont notamment évoqués pêle-mêle les tensions entourant l’enregistrement de Let It Be, la séparation des Fab Four, les problèmes juridiques de Yoko pour la garde de sa fille, ses fausses-couches, la séparation du couple en 1973 et les mois de débauche alcoolisée de John qui s’ensuivent (son enregistrement de “Whatever Gets You Thru The Night” avec Elton John notamment) puis la naissance de Sean et sa retraite avant son come-back de 1980… Côté crédibilité, si le portrait de Lennon est ici bien brossé au point que la ressemblance s’avère parfois troublante, les trois autres Beatles (surtout présents dans le premier tiers du film) s’avèrent eux carrément caricaturaux et grotesques avec leurs postiches ridicules. Pour le reste, la reconstitution est plutôt sérieuse (au hasard, le bed-in à Amsterdam, le Dakota Building…) même si les fans repèreront quelques erreurs par-ci par-là (Lennon qui garde les cheveux longs au début des années 70…). Mais le plus grand atout du film réside assurément dans l’utilisation judicieuse des chansons des Beatles, de Lennon et de… Yoko. Celle-ci a donc dû donner son accord et même exercer une certaine influence sur les auteurs, ce qui expliquerait l’image hyper-positive qui est donnée d’elle dans le film…

On le voit, l’histoire des Beatles s’est quasi-exclusivement confondue au cinéma avec l’histoire de John Lennon. Et encore, nous n’avons pas cité tous les films ! Il faudrait en effet ajouter The Hours and Times, film anglais de Christopher Munch datant de 1991, qui évoque sous la forme d’un huit-clos psychologique tourné en noir et blanc les rapports ambigus entre John et Brian Epstein lors d’un escapade à Barcelone en 1963. A noter la présence de Ian Hart dans le rôle-titre qu’il reprendra trois ans plus tard pour Backbeat. Plus récemment Lennon Naked tourné en 2010 pour la BBC évoque encore la figure torturée de John Lennon pour la période 1967-1971. Et puis, bien sûr, il y encore les documentaires, de Imagine John Lennon (1988) à Les USA contre John Lennon (2006)…

Et les autres Beatles alors me direz-vous ? Et McCartney ? Ben quasiment rien. Citons toutefois le téléfilm The Linda McCartney Story (2000) dont Maca n’est même pas le héros… Ne reste alors pour les acolytes de Lennon que les louanges des documentaires, à l’image du récent Living in A Material World portrait que Martin Scorsese vient de consacrer à George Harrison disparu il y a 10 ans. C’est un fait, le cinéma se nourrit exclusivement de mythes et de fantômes, et non de bons vivants (Paul, qui vient encore d’offrir une série de concerts de près de trois heures, ne semble pas encore prêt à nous quitter…).

Post-scriptum : Signalons quelques autres curiosités cinématographique liées aux Beatles : le dessin animé Yellow Submarine (1968), l’ovni surréaliste Magical Mystery Tour (1967) et le navet Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1978) - film musical de Michael Schultz adapté de l’album du même nom, avec notamment les Bee Gees en pseudo Beatles - ou encore le téléfilm Two of Us (2000) qui imagine une rencontre entre John et Paul en 1976 au sujet d’une possible reformation du groupe.

Régis Dubois ©lesensdesimages2009-2011

Lire aussi : John Lennon avant les Beatles : Nowhere Boy de Sam Taylor-Wood (2009), l’histoire du rock racontée par le cinéma, le Rock and Roll raconté par le cinéma, Elvis raconté par le cinéma.


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