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Pam Grier, de la blaxploitation à Tarantino septembre 29 2009

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Pour fêter la sortie aux USA de Black Dynamite (film tarantinesque tourné en hommage à la Blaxploitation qui s’annonce particulièrement savoureux) - et en attendant sa sortie française prévue pour janvier 2010 - lesensdesimages vous propose un petit portrait de celle qui incarna sans doute le mieux l’esprit blax’, la bien nommée “Queen of Blaxploitation”, alias “Coffy”, a.k.a. “Foxy Brown”, je veux bien sûr parler de Pam Grier. Portrait.

Fille d’un militaire de carrière, mécanicien dans l’US Air Force, Pamela Suzette Grier passe toute son enfance à voyager de base en base à travers l’Europe. Quand elle a 14 ans, ses parents reviennent aux États-Unis et s’installent à Denvers. A 18 ans, elle participe à un concours de Miss Colorado et s’y fait repérer par un agent, Dave Baumgarten, qui l’encourage à se rendre à Hollywood. En tant qu’imprésario il lui fait suivre des cours d’art dramatique et, en attendant des jours meilleurs, l’emploie comme standardiste. C’est d’abord pour exercer cette fonction qu’elle entre chez AIP (American International Pictures) la compagnie qui distribue entre autres les films de Roger Corman. Mais très vite, repérée pour sa plastique agréable et sa voluptueuse poitrine, elle va enchaîner les productions de série B jusqu’à devenir l’une des icônes du cinéma de blaxploitation.

Elle débute ainsi en 1970 par un rôle de figuration dans le cultissime Beyond the Valley of the Dolls (Hollywood Vixens) de Russ Meyer, fameux réalisateur de porno-soft spécialiste des actrices à forte poitrine. S’ensuit une série de « films de prison de femmes » à petits budgets tournés aux Philippines pour le compte de Roger Corman : Women in Cages de Gerardo de Leon (1971), The Big Doll House (1971) et The Big Bird Cage (1972) de Jack Hill ou encore Black Mama, White Mama (Enchaînées, 1972) d’Eddie Romero. Plus ou moins érotiques ou violents, ces films mettent tous en scène – de façon parfaitement improbable – une collection de ravissantes jeunes femmes, employées indifféremment dans les rôles de détenues ou de gardiennes, confrontées à la promiscuité de la vie carcérale, le tout dans un cadre exotique de république bananière. Le genre, qui joue sans complexe la carte du voyeurisme, est bien sûr prétexte à un déroulement de situations frivoles : scènes de punitions sadiques, de douches collectives, de saphisme et de bagarres entre codétenues inspirées des spectacles érotico-scatologiques de catch féminin. La formule a ses émules – masculins sans nul doute – et permet à Pam Grier de se faire un petit nom dans le monde du cinéma bis.

Parallèlement à ces emplois peu gratifiants, l’actrice commence à décrocher de petits rôles dans des films de « blaxploitation » : Hit Man (1972), adaptation noire du Get Carter de Mike Hodges, Cool Breeze (1972), un remake noir du Asphalt Jungle de Huston, et bientôt Scream, Blacula, Scream ! (1973) la suite du célèbre Blacula (Le Vampire Noir) de William Crain (1972).

Mais c’est le fidèle Jack Hill qui lui offre sa première grande chance de dévoiler tous ces atouts avec Coffy (Coffy, La Panthère noire de Harlem, 1973), un rôle principal taillé sur mesure dans lequel elle interprète une jeune infirmière qui, à la suite de l’hospitalisation de sa petite sœur pour overdose, décide de s’attaquer aux trafiquants de drogue qui polluent le ghetto. Et elle n’y va pas de main morte ! Elle infiltre le milieu en se faisant passer pour une prostituée et élimine froidement les caïds à coups de fusil à canon scié. Parmi les scènes d’anthologie de ce petit film d’action à la Dirty Harry, un crêpage de chignon particulièrement violent qui l’oppose à une pute blanche jalouse qui se lacère les mains au contact de lames de rasoirs judicieusement dissimulées dans la coiffure afro de l’héroïne. A sa sortie, Coffy, qui ne fait assurément pas dans la dentelle, rencontre un étonnant succès – l’actrice, il est vrai, n’hésite pas à dévoiler ses charmes – et consacre du jour au lendemain Pam Grier « reine de la blaxploitation ». Dès lors, les rôles vont se suivre et se ressembler : dans Foxy Brown du même Jack Hill (1974), elle venge son frère (Antonio Fargas) émasculant au passage l’un de ses agresseurs avant de rapporter la « chose » dans un bocal (sic !) ; dans Sheba, Baby de William Girdler (1975) elle se rend dans le Sud pour aider son père victime de racket et le venger après son assassinat ; dans Friday Foster d’Arthur Marks (1975), elle joue une photographe particulièrement craquante qui se trouve mêlée à une obscure affaire de meurtre politique. Tous ces films épicés ont la particularité d’offrir à l’actrice des rôles de femme forte, indépendante et courageuse. Cependant, aucun ne résiste au caprice de dévoiler les charmes mammaires de Pam, ce qui, à la longue, est un peu réducteur pour l’image de la femme noire continuellement érotisée et violentée pour le bon plaisir de spectateurs mâles. Fantasme incarné pour les uns (les ados boutonneux), modèle de femme émancipée pour les autres (les féministes), Pam Grier s’est ainsi laissé enfermée dans un type de rôle unidimensionnel et commence quelque peu à s’en lasser. Lassitude qui coïncide d’ailleurs avec l’essoufflement du genre « blaxploitation » qui périclite au milieu des années 70.

Commence alors la période des vaches maigres qui va durer tout au long de la décennie 80. Hormis une prestation remarquée dans Fort Apache, the Bronx (Le Policeman) en 1981 pour lequel elle interprète une convaincante prostituée face à Paul Newman, et quelques apparitions sympathiques dans La Force de vaincre (1983) de Richard Fleischer avec Dennis Quaid, Nico (1988), un film d’action avec Steven Seagal ou Opération crépuscule (1989) avec Gene Hackman et Tommy Lee Jones, les bonnes opportunités se font rares. Pam se tourne donc vers la télé (un rôle dans la série familiale à succès « Racines II » (1979) et quelques apparitions régulières dans « Deux flics à Miami » entre 1984 et 1985) et surtout vers le théâtre. Elle retrouve ainsi un second souffle sur les planches en se produisant au sein de la Los Angeles Theater Company dans des pièces comme « Frankie & Johnny at the Clair de Lune », « Telltale Hearts » ou encore « Fool for Love » et y rencontre un succès non négligeable. Elle reçoit même un prix de la Meilleure actrice en 1986. Mais son heure de gloire, celle où elle pouvait prétendre au statut de star de cinéma, semble définitivement derrière elle.

Or par chance, au cours des années 90, une vogue rétro s’entiche à nouveau de la « blaxploitation » qui revient tout à coup à la mode. L’actrice, plus qu’aucune autre vedette black des seventies, va largement bénéficier de ce recyclage providentiel. Mario Van Peebles est le premier à faire appel à son image d’antan en la choisissant pour un second rôle dans son western black Posse (1993) dans lequel elle retrouve d’autres anciennes célébrités de la « blaxploitation » parmi lesquels Melvin Van Peebles, Isaac Hayes ou Robert Hooks. Par la suite c’est Larry Cohen, vétéran lui aussi de la grande époque, qui reprend la formule avec Original Gangstas (1996) interprété par une pléiade de seniors dont Jim Brown et Fred Williamson. Cette opération de revival culmine en 1997 avec la sortie de Jackie Brown (1997) du jeune prodige Quentin Tarantino dont le précédent opus Pulp Fiction avait connu un succès retentissant couronné par la Palme d’or à Cannes. Conçu spécialement pour Pam Grier et en hommage à tous ces films d’action blacks oubliés que le cinéaste dévorait étant adolescent, Jackie Brown (qui rappelle sans équivoque dans son titre le Foxy Brown de Jack Hill) offre à l’actrice quadragénaire un rôle en or. Elle y interprète une hôtesse de l’air célibataire qui arrondit ses fins de mois en convoyant de l’argent liquide pour le compte d’un trafiquant d’armes, jusqu’au jour où, rattrapée par la police, elle est contrainte de faire tomber son employeur (Samuel L. Jackson). Jackie échafaude alors un audacieux plan pour doubler tout le monde et encaisser seule les cinq cent mille dollars du dernier transfert. Tout a été dit sur les qualités et la beauté de Pam Grier dans ce rôle intense et riche. A la sortie du film l’actrice s’est retrouvée promue de nouveau star médiatique pour quelques mois, apparaissant en couverture des magazines de cinéma, se livrant sur sa vie et sur son rôle dans Jackie Brown – parmi plusieurs exemples citons, en France, Première qui titre l’un de ses articles « Pam Grier, parcours d’une afrodisiaque ». Impossible donc de passer à côté du phénomène Pam Grier durant l’année 1998 qui vit le come-back, pour ne pas dire la résurrection, de l’ex-Reine de la blaxploitation.

Alors depuis, qu’en est-il ? Outre Escape from L.A. (Los Angeles 2013, 1996) de John Carpenter et Mars Attacks ! (1996) de Tim Burton, on a pu la voir plus récemment dans quelques films intéressants comme Holy Smoke (1999) de Jane Campion, Ghosts of Mars (2001) de Carpenter, Gangsta Cop (1999) de Michael Rymer ou encore dans Bones (2002) aux côtés de Snoop Dogg, mais aussi dans des œuvres bien moins ambitieuses comme Fortress 2 (1999) avec Christophe Lambert ou Pluto Nash (2001) avec Eddie Murphy. Des seconds rôles orientés vers le film d’action et la SF qui n’égalent nullement celui de Jackie Brown soit, mais qui permettent toutefois à l’actrice de figurer encore aujourd’hui, plus de trente ans après ses débuts fracassants, parmi les visages familiers du cinéma américain.

Filmographie  : Beyond the Valley of the Dolls (Hollywood Vixens, 1970), Women in Cages (1971), The Big Doll House (1971), Black Mama, White Mama (Enchaïnées, 1972), The Big Bird Cage (1972), Twilight People (1972), Hit Man (1972), Cool Breeze (1972), Scream, Blacula, Scream ! (1973), Coffy (Coffy, La Panthère noire de Harlem, 1973), The Arena (1973), Foxy Brown (1974), Sheba, Baby (1975), Friday Foster (La Panthère est de retour, 1975), Bucktown (1975), Drum (1976), La Notte dell’alta marea (1977), Greased Lightning (1977), Fort Apache, the Bronx (Le Policeman, 1981), Tough Enough (La Force de vaincre, 1983), Something Wicked This Way Comes (1983), Stand Alone (1985), On the Edge (1986), The Vindicator (1986), The Allnighter (Le Forcené, 1987), Above the Law (Nico, 1988), The Package (Opération crépuscule, 1989), Class of 1999 (1990), Bill & Ted’s Bogus Journey (1991), Posse (Posse, la revanche de Jesse Lee, 1993), Serial Killer (1995), Original Gangstas (id., 1996), Escape from L.A. (Los Angeles 2013, 1996), Mars Attacks ! (id., 1996), Strip Search (1997), Fakin’ Da Funk (1997), Jackie Brown (id., 1997), In Too Deep (Gangsta Cop, 1999), Holy Smoke (id., 1999), Fortress 2 (id., 1999), Jawbreaker (1999), Snow Day (2000), Wilder (Profession détective, 2000), 3 A.M . (2001), Love the Hard Way (2001), Ghosts of Mars (2001), Bones (2002), The Adventures of Pluto Nash (Pluto Nash, 2001), Baby of the Family (2002), Switch (2002), Témoignage à haut risque (2002), Traffic d’innocente (2003), The Conjuring (2007).

Régis Dubois ©lesensdesimages2009



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