Eloge du cinéma bis américain (50’s-60’s) mai 7 2009
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Il est impressionnant de constater combien le cinéma hollywoodien est passé à côté de la contre-culture jeune des années 50 et 60, et ce n’est pas des productions édulcorées comme La Fureur de vivre, L’Equipée sauvage ou les films avec Elvis qui attesteront du contraire. Alors même que la société étasunienne est en pleine effervescence (rock’n'roll, libération sexuelle, affirmation des minorités), le cinéma mainstream continue lui, inexorablement, à produire des films insipides et consensuels. C’est ainsi du côté des productions indépendantes, autrement dit du cinéma bis - ou d’exploitation - diffusées dans les drive-in et les grindhouse qu’il faut se tourner pour retrouver un peu de la folie libertaire de ces turbulentes années de révolution culturelle.
On découvre alors tout un pan de l’histoire du cinéma oublié, méprisé et diabolisé, un cinéma de “mauvais garçons”, cheap et kitch à souhait, un cinéma de série Z toujours de mauvais goût et rarement abouti. Et pourtant c’est dans ces films “ratés”, tournés avec trois fois rien et abordant les sujets les plus racoleurs qui soient - malgré quelques alibis socio-sanitaires - que s’expriment le mieux la sensibilité et les grands thèmes de la contre-culture des années 60.
C’est à un petit voyage à travers ce cinéma impropre, malodorant, vulgaire et rarement “politiquement correct” que je vous invite, à travers une sélection de quelques bandes-annonces (en V.O.) particulièrement… comment dire… enfin, vous verrez…
A noter que ces trailers se suffisent largement à eux-mêmes et qu’il n’est pas vraiment nécessaire de voir les films - la plupart ennuyeux - tant l’argument de ces productions est tout entier contenu dans leurs bandes-annonces.
Bienvenue dans l’enfer du rêve américain !!!
- Entrons dores et déjà dans le vif du sujet avec l’un des pères du cinéma bis, Ed Wood connu pour être “le plus mauvais réalisateur du monde” - c’est un peu excessif, il y a pire… Dans Glen or Glenda (1953), sous un prétexte pseudo-scientifique, le cinéaste (en perruque blonde) évoque son gôut pour le travestisme.
Autres pépites edwoodiennes : Bride of the Monster (1955), Plan 9 from Outer Space (1956) ou le moins connu The Sinister Urge (1960).
- Deuxième étape indispensable, Russ Meyer, le roi de la sexploitation - connu pour son amour immodéré des “fortes poitrines”. Ici, j’ai sélectionné un petit bijou rock-SM-biker au titre renversant de Motorpsycho (1965) - un pur chef-d’oeuvre d’esthétisme !
A voir aussi les incontournables Faster, Pussycat Kill ! Kill ! (1966), Vixen (1968) et Beyond the Valley of the Dolls (1970).
- Enfin, le trio ne serait pas complet sans le “pape de la série Z”, le grand Roger Corman et son The Trip (1967) qui, prétextant une étude sur les effets du LSD, s’apparente à une ode psychédélique à la drogue et au flower power.
Parmi les autres productions Corman : La Chute de la maison Usher (1960), La Petite boutique des horreurs (1960), Le Corbeau (1962), The Intruder (1962), Le Masque de la mort rouge (1964)…
Abordons à présent quelques grandes thématiques du cinéma bis américain :
- D’abord les films sur la vie des lycéen(ne)s et la délinquance juvénile des fifties (= teensploitation movies = attention les babyboomers attaquent !), genre directement inspiré par le fameux Graine de violence de Richard Brooks (1955) ou encore par le premier film de James Dean, La Fureur de Vivre (Nicolas Ray, 1955) : exemple, ce High School Confidential (1958) hot hot hot !
Voir aussi dans la même veine : The Violent Years (1956), Reform School Girl (1957), Teenage Doll (1957), Girl on the Loose (1958), Live Fast, Die Young (1958), High School Hellcats (1958), Dragstrip Riot (1958), The Explosive generation (1960), etc…
En bonus ce Teenage Mother (1967), sorte de film de prévention contre les grossesses non désirées… “…Means nine months of trouble !”
- Ensuite les nudies ou sexploitation movies qui profitent d’un léger assouplissement de la censure pour exploiter le filon de la nudité au cinéma - et amorcer ainsi la libération sexuelle (En 1954, suite au procès visant à interdire la projection de Garden of Eden, la pure nudité ne fut plus jugée obsène. La sexploitation était née). Bien sûr la plupart du temps les histoires évoquées ne constituent qu’un mince prétexte pour montrer une paire de nichons ou de miches - même si l’art du hors-champ reste la norme. Les sexploitations préfigurent en cela - et s’opposent aussi diamétralement - aux films porno qui apparaîtront au début de la décennie 70. Rappelons ici que le maître du genre fut assurément Russ Meyer qui réalisa dès 1959 L’immoral Mr. Teas, l’un des premiers films du genre. Parmi les fleurons de la sexploitation, Citons : Revenge of the Virgins (1959), Paris Topless (1966), The Embracers (1966), Good Morning and Goodbye (R. Meyer, 1967), All Woman are Bad (1969), Female Animal (1970)…
- Les films sur la drogue et les hippies (= drugsploitation movies) s’imposent aussi comme un sous-genre prolifique au moment du “summer of love” 67 avec Hallucination Generation (1966), The Hippie Revolt (doc., 1967), Psych-Out (1967), The Trip (1967), Mary Jane (1968), Alice in Acidland (1968)… En témoigne ce très visuel The Love-Ins (1967) :
- Autre sous-genre, les incontournables films de motards (ou bikers movies) rejetons mal-élevés du gentillet L’Equipée Sauvage de Laszlo Benedek avec Marlon Brando (1953). La plupart de ces récits sont centrés sur les Hell’s Angels, comme Wild Angels (1966), Hells Angels on Wheel (1967), The Born Losers (1967), The Girl on a Motorcycle (1968), Hells Angel 69 (1969), Naked Angels (1969) ou ce violent Satan’s Sadists (1969) qui n’est pas sans évoquer les pires dérives des Hells (comme à Atlamont en 69)…
- En bonus, une petite curiosité, le film Pink Angels (1971), dont les “héros” sont des Hell’s Angels gays !
- Sans oublier bien sûr tous les films d’horreur délirants, déviants et outrageusement kitchs qui se résument le plus souvent à la persécution de jolies starlettes offertes en sacrifice aux pulsions juvéniles de teenagers boutonneux, à l’image de cet improbable et énigmatique Astro-Zombies datant de 1968…
Voir aussi toutes ces bandes dont l’argument se résume entièrement au titre : The Incredibly Strange Creatures Who Stopped Living And Became Mixed-Up Zombies (1964), Beach Girls and the Monster (1965), The Sadist (1963), Queen of Blood (1966)… Et la série des “Attack of…” : Attack of the Crab Monsters (1957), Attack of the 50 foot Woman (1958), Attack of the Puppet People (1958), Attack of the Giant Leeches (1959)…
Alors, bien sûr, nous n’avons évoqué là qu’une infime partie de la richesse de ce cinéma parallèle. Pour en savoir plus, je vous renvoie notamment vers le site Grindhouse database qui, comme son nom l’indique, est une base de données indispensable pour aborder le bis américain. En français, il existe plusieurs sites qui traitent du bis mais au sens large (européen et/ou des années 70-80 essentiellement) : sérieBis, Diabolik Zine, Meduza… Côté ouvrage, sont parus récemment deux tomes signés Laurent Aknin : Cinéma Bis : 50 ans de cinéma de quartier et Les Classiques du cinéma bis (Nouveau Monde, 2007 & 2009). Là aussi, le corpus embrasse tout le ciné bis.
Vous pouvez aussi visionner certains des films cités dans cet article (en entier, en VO et en HQ) sur cette page : American pop Films. Pour savourer quelques raretés indé, bis et autres, jetez aussi un coup d’oeil sur les sites Retrovision Internet TV ou Internet Archive ou bien tapez “public domain” sur google video.
Voir aussi - et surtout - notre WebTV sur les classiques du cinéma bis américain.
Régis Dubois ©lesensdesimages2009