Reprise du travail aux usines Wonder novembre 29 2008
Infos : , 1 commentaireFilm de Jacques Villemont (France, 1968, 10 min.)
Dans la série des films militants tournés autour de mai 68, celui-ci est de loin le plus emblématique. D’une part parce qu’il est très connu (il est à la base du film Reprise d’Hervé Le Roux sorti en 1996) mais surtout parce qu’en un unique plan-séquence de presque dix minutes, ce « ciné-tract » en dit beaucoup plus que n’importe quel discours savamment argumenté. Voyez cette ouvrière pleine de gouaille (« déguelasses »), incontrôlable et remontée à bloc, seule femme parmi les hommes, qui peine à faire entendre sa colère. Voyez comment les délégués CGT encravatés s’évertuent avec condescendance par des arguments dérisoires (et des acquis de pacotille) à la convaincre « qu’il faut savoir arrêter une grève », avant de perdre patience (« Silence ! Silence ! » entend-on en hors-champ).
Films militants novembre 29 2008
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J’ai décidé de lancer une nouvelle rubrique consacrée aux films militants dans le but de promouvoir cette production qui ne connaît souvent qu’une diffusion confidentielle. Mais d’abord, qu’appelle-t-on films militants ? Apparus véritablement en tant que genre après mai 68, les films militants sont des œuvres engagées, réalisées avec de petits moyens (aujourd’hui essentiellement en vidéo numérique), des films de tous métrages diffusés le plus souvent en dehors des circuits commerciaux. Ce sont surtout des films qui défendent une cause ou dénoncent une injustice en donnant la parole aux sans-voix, au « gens ordinaires », à ceux que l’on n’entend guère sur nos médias télé et radio.
J’ai donc choisi pour commencer deux coups de cœur, deux petits films plein de vie, de générosité et de d’inventivité qui donnent véritablement la pèche.
Le premier est réalisé par Anne Crémieux, une collègue de Nanterre avec qui il m’arrive d’échanger des idées par mails. Son dernier film, Cause toujours… (2008, 5min.) est une vraie réussite qui prouve qu’avec peu de moyens on peut réaliser de grandes choses. D’ailleurs j’ai souvent pensé que les meilleurs films étaient ceux qui avaient quelque chose à dire. Cause toujours… en est la preuve. (Pour voir les autres films d’Anne Crémieux, rendez-vous sur son site Excuzemyfrench).
Quant au second, A droite toute ! (2008, 16 min.) film « collectif et comique » produit par le collectif marseillais 360° et même plus, je l’ai découvert au festival du film militant d’Aubagne en octobre dernier. J’avais déjà vu ce type de manifs de droite sur le net, et je dois dire que je suis carrément fan. D’autant que celle-ci est plutôt réussie (ne ratez pas la fin).
Bon trêve de bavardage, place aux images… (cliquez sur les visuels pour accéder aux films).
La révolution nue novembre 24 2008
Infos : , 1 commentaireEnquête sur le mouvement « NAK » (Nature Against Kapital)
Film documentaire de Régis Dubois (2008, 28 min.)
> pour voir le film cliquez ici > Partie 1 > Partie 2
Présentation : Ce film est un documentaire militant qui entend dénoncer la censure et la répression qui entoure le mouvement NAK (Nature Against Kapital). Né spontanément au début des années 2000, ce phénomène s’est largement répandu à travers le monde pour connaître une très grande popularité, d’abord en Allemagne puis aux USA et en Australie, et enfin dans toute l’Europe, mais aussi depuis peu en Asie. Il s’agit d’un mouvement révolutionnaire anticapitaliste (altermondialiste) et écologiste qui, face à la dérive du monde (réchauffement climatique, accroissement des inégalités sociales, guerres…), a choisi comme forme d’action le « happening nudiste » afin de susciter des réactions extrêmes, de « choquer le bourgeois », de secouer les consciences et de faire passer un message révolutionnaire.
Sélectionné au Festival du cinéma militant d’Aubagne en octobre 2008
>>> Pour plus d’infos, se rendre sur la page mes films (ci-dessus)
Fahrenheit 9/11 : retour sur une polémique novembre 24 2008
Infos : , 3commentairesFahrenheit 9/11, documentaire de Michael Moore (USA, 2004).
« Ce pamphlet efficace mais simpliste, parfois démagogique ne lésine pas sur les moyens pour atteindre son objectif: empêcher la réélection du président américain. Fahrenheit 9/11 est un nouveau symptôme de la façon dont le cinéma américain pratique le spectacle comme un art de la dénonciation des axes du mal » (Le Monde - Jean-Louis Douin).
« Succession d’images chocs et de témoignages tire-larmes, martelant un unique message, “Stop Bush”. Un pamphlet bâclé » (Les Inrockuptibles - Sylvain Bourmeau)
« (…) moins inventif, plus manipulateur que ses précédents films, Fahrenheit 9/11, devient dans sa seconde partie un montage récapitulatif sur l’intervention en Irak, avec chantage final à l’émotion. Où est passée la pétulance libertaire de Michael Moore ? » (Télérama - Aurélien Férenczi)
Black Liberation (aka Silent Revolution) novembre 22 2008
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Film documentaire d’Edouard (Yves) De Laurot (USA, 1967 et 1972, 40 min.).
Ce documentaire est une véritable rareté, un film pour ainsi dire « introuvable », mais que l’on pourra par chance voir prochainement (en janvier 2009) à l’Institut de l’image d’Aix-en-Provence dans le cadre d’une rétrospective sur « le film comme résistance » (des précisions ultérieures seront données), rencontres à laquelle je participerai.
Il se trouve qu’il y a environ dix ans, durant mes études, j’ai étudié ce documentaire expérimental sur les conseils d’un enseignant qui m’avait prêté une version VHS piratée depuis une copie 16mm. Je dois dire que Black Liberation m’a tout de suite emballé, notamment pour l’authenticité de son discours (j’apprendrai plus tard que Malcolm X en personne y a apporté sa contribution) mais aussi et surtout pour sa forme étonnante, expérimentale, et tout à fait à même de relayer l’esprit du Black Power. Bien que peu diffusé, le film sera pourtant – et étonnamment – sélectionné aux Oscars en 1973 dans la catégorie « Meilleur documentaire ». Un film à voir à tout prix donc. En attendant, en voici une analyse approfondie (retrouvée au fin fond d’un tiroir).
A History of Violence, la part d’ombre de l’Amérique novembre 22 2008
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A History of violence (2005) est un film remarquable qui, bien qu’ignoré du palmarès de Cannes, fut unanimement salué par la critique. Beaucoup d’encre a donc déjà coulé à son sujet, aussi ne m’attarderai-je pas par exemple sur la dimension religieuse/ fantastique de l’œuvre (il suffit de « lire » l’affiche) ni sur la question de l’identité/altérité/dualité si cher à l’auteur de La Mouche (1986) et de Faux-semblants (1988). Je voudrais en revanche évoquer ici la dimension politique du film, car il me semble – et bien sûr je ne suis pas le seul à le penser – que A History of Violence est avant tout une habile réflexion sur la violence de la société américaine.
Histoire du cinéma novembre 18 2008
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Pour accéder à mes compléments de cours d’histoire du cinéma (titre des séances, indications bibliographiques, liens vers des extraits de films et bandes-annonces…) rendez vous sur la page cours de ce blog (intercalaire ci-dessus).
R. D.
Peter Biskind l’indompté novembre 15 2008
Infos : , ajouter un commentaireGods and Monsters de Peter Biskind (Nation Books, 2004)
Cet été j’étais à San Francisco et bien sûr le premier endroit dans lequel je me suis rendu est le quartier de Haight-Ashbury, épicentre de la contre-culture des années soixante. Après avoir erré là quelques heures sans vraiment savoir ce que je cherchais, je suis entré dans une librairie et mon regard a aussitôt été attiré par une couverture aux couleurs psychédéliques sur laquelle on pouvait vaguement reconnaître le visage de Brando dans Le Parrain et à côté duquel deux mots se détachaient : Peter Biskind. Je connaissais cet auteur pour avoir dévoré quelques années auparavant son Nouvel Hollywood traduit en 2002 chez le Cherche Midi, plongée hallucinante dans l’univers déjanté des movie brats qui révolutionnèrent le cinéma hollywoodien dans les années 70 (les Coppola, Hopper, Scorsese, De Palma, Ashby, Bogdanovitch…). J’avais aussi lu son Sexe, mensonges et Hollywood (Le Cherche Midi, 2006) mais avec beaucoup moins d’attention. J’avais en effet trouvé sa charge anti-Redford et anti-Miramax moins passionnante et surtout plus amère. Du reste, pour moi, Biskind demeurait associé aux tumultueuses années soixante-dix et je l’imaginais un peu comme un Lebowski cinéphile, non pas fan inconditionnel des Creedence mais plutôt de Hal Ashby (l’un n’empêchant pas l’autre, bien au contraire). D’ailleurs le bonhomme fut durant les années soixante un militant pacifiste convaincu et acharné.
Blaxploitation et politique novembre 13 2008
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Émeute à Los Angeles (The Final Comedown) d’Oscar Williams (1972)
Voici un film politique rare et très peu connu que les éditions Le Chat Qui Fume en association avec Foxy Bronx (fanzine et site) viennent d’exhumer de derrière les fagots. Cette rareté accuse bien sûr les défauts du genre blaxploitation (budget limité, tournage à l’arraché, acteurs amateurs) accentué par le fait que le film n’a pas été remasterisé pour l’occasion. Il n’empêche, The Final Comedown est un film qu’il faut absolument voir pour son inventivité mais aussi parce qu’il demeure assurément, aux côtés de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song de Van Peebles (1971) et de The Spook Who Sat by the Door de Dixon (1973), le plus précieux témoignage d’une époque au cours de laquelle des Afro-américains ont pris les armes pour en finir avec l’oppression raciste.
Le Sel de la terre, film prolétarien américain novembre 12 2008
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Le Sel de la terre (Salt of the Earth, USA, 1954) de Herbert J. Biberman
S’il est un film américain qui mérite le qualificatif de « prolétarien », c’est bien celui-ci. Sans doute est-ce le seul. Un véritable ovni en somme dans le paysage cinématographique étasunien. Prolétarien, antiraciste, anti-impérialiste et féministe, le cocktail avait de quoi effrayer les conservateurs de tout poil de cette Amérique des années 50 plongée dans la paranoïa anticommuniste et l’hystérie maccarthyste. Rappelons le contexte : la guerre froide bat son plein et la Commission des Activités Anti-Américaines s’emploie à mettre à l’index les « comploteurs communistes » dont beaucoup se cacheraient à Hollywood. Une liste noire est dressée sur laquelle figurent les artistes indésirables auxquels les studios interdisent dorénavant de travailler. Parmi eux, Herbert Biberman, Michael Wilson et Paul Jarrico, crédités respectivement comme réalisateur, scénariste et producteur du Sel de la terre.