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Bienvenue chez les prolos : le cinéma populaire français et la lutte des classes janvier 8 2009

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« La question de la culture […] est absolument et incontestablement une question politique » (Stuart Hall) [1]

Au printemps dernier, Bienvenue chez les Ch’tis créait la surprise générale en se hissant au sommet du box-office français, engrangeant quelque vingt millions d’entrées en salle, devançant ainsi La Grande vadrouille indétrôné depuis 1966. Plus d’un français sur trois, tout âge confondu, est allé voir le film de Dany Boon au cinéma. Autant dire qu’avec la sortie DVD et les futures diffusions télévisées, plus d’un Français sur deux l’aura vu. Comment alors expliquer un tel succès que certains n’hésitent pas à qualifier de « phénomène de société » ? La promotion ? Elle est bien moindre qu’Astérix 3 par exemple. Une critique journalistique favorable ? Rien n’est moins sûr, la condescendance voire le mépris de la presse élitiste étant une constante en la matière. La présence de stars au générique ? Si peu. Il me semble que ce qui a fait le succès du film c’est avant tout le fameux « bouche à oreille ». Et je dirais même que c’est surtout les classes populaires qui ont creusé la différence et qui ont largement contribué à faire de Bienvenue chez les ch’tis un succès historique. Car l’on sait qu’elles se rendent habituellement peu au cinéma, comparé aux classes supérieures [2], et que c’est à partir du moment où elles se pressent en masse dans les salles obscures que l’on peut véritablement parler d’un succès au box-office. Un succès populaire donc dans tous les sens du terme.

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La classe ouvrière va à Hollywood janvier 6 2009

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C’est entendu, les prolétaires sont très peu représentés dans le cinéma hollywoodien. Il suffit de comparer la production étasunienne et la filmographie soviétique pour prendre toute la mesure de cette invisibilité du working class hero américain. Et pourtant, le mouvement ouvrier aux Etats-Unis est une réalité, en témoigne les nombreuses grèves, parfois meurtrières, qui ont ponctué son histoire. Mais Hollywood a tout simplement choisi d’ignorer cette donnée. Bien sûr, la raison en est fort simple : l’usine à rêve est d’abord la vitrine du « rêve américain », autrement dit de la société sans classe. Et évoquer la réalité ouvrière ce serait admettre qu’au pays de l’american way of life il existe des classes sociales, autrement dit des pauvres et des riches… Pour autant, le cinéma américain n’est pas tout à fait exempt de prolétaires, mais ceux-ci ne sont le plus souvent que des alibis idéologiques, des “Autres” en sursis et des Américains middle-class en devenir.

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Les fondements historiques de la « Monoforme » janvier 6 2009

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En 2003 le cinéaste britannique Peter Watkins, auteur entre autres des subversifs La Bombe (1966), Punishment Park (1971) et La Commune (2000) faisait paraître l’ouvrage Media Crisis, un essai de réflexion théorique sur ce qu’il nomme la « Monoforme » des MMAV (Mass Medias Audio-Visuels). Par « Monoforme » le cinéaste indépendant entendait ainsi dénoncer « le dispositif narratif interne (montage, structure narrative, etc.) employé par la télévision et le cinéma commercial pour véhiculer leurs messages. C’est le mitraillage dense et rapide de sons et d’images ; la structure, apparemment fluide mais structurellement fragmentée, qui nous est devenue si familière. Ce dispositif narratif est apparu lors des premières années de l’histoire du cinéma avec le travail novateur de D. W. Griffith et d’autres qui ont développé des techniques de montage rapide, d’action parallèle, d’alternances entre des plans d’ensemble et des plans rapprochés… »  (Media Crisis, p. 36-37). Watkins fait ainsi remonter la naissance de la « Monoforme » au cinéaste D.W. Griffith, considéré comme le père du langage cinématographique, autrement dit aux années dix. Essayons donc de remonter le fil de l’histoire pour comprendre comment s’est peu à peu constituée et imposée cette monoforme audiovisuelle.

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Martin Scorsese, l’infiltré janvier 3 2009

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Martin  Scorsese est aujourd’hui un auteur incontournable du paysage cinéphilique mondial. Couronné à la fois par l’industrie hollywoodienne (Oscar 2007 du meilleur réalisateur et du meilleur film pour Les Infiltrés) et par la critique européenne « auteuriste » (nommé président du Festival de Cannes en 1998, invité d’honneur à l’inauguration de la nouvelle cinémathèque française en 2005), sans compter les nombreuses publications dont il a fait récemment l’objet (de Patrick Brion à Michael Henry Wilson en passant par Schaller et Trosset)[1] le cinéaste italo-américain connaît depuis le début de la décennie une consécration unanime. Ce qui m’a intéressé d’explorer ici, et que peu d’écrits ont tenté de faire, c’est d’analyser l’œuvre scorsesienne à la lumière des tensions sociales qui la traversent. Autrement dit, j’ai l’infime conviction qu’à travers l’interprétation de ses acteurs fétiches (Harvey Keitel, Robert De Niro et plus récemment Leonardo Di Caprio), véritables doubles cinématographiques du cinéaste, Scoresese n’a de cesse d’évoquer dans ses films son parcours de « déraciné », à la fois social (parce qu’issu d’un milieu populaire) et culturel (parce d’origine italienne). Je vois en effet la violence scorsesienne, si caractéristique de son style, comme l’expression privilégié d’une « déchirure sociale » qui ne dit pas son nom. Vue sous cet angle, il me semble que l’œuvre du cinéaste prend un sens tout particulier qui, sans être véritablement politique, n’en demeure pas moins un précieux témoignage social émanant d’un « déclassé ». (more…)

L’« ultra-gauche » au cinéma… The Weather Underground décembre 22 2008

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Documentaire de Sam Green et Bill Siegel (USA, 2002, 1h30)

Vous avez dû le remarquer, les médias ont encore inventé un nouveau mot : “l’ultra-gauche” pour qualifier la mouvance politique des inculpés de Tarnac. Mais c’est quoi l’ultra-gauche ? Ben, c’est la gauche plus à gauche que l’extrême gauche. En fait, depuis que Besancenot est devenu plus fréquentable, les médias ont dû inventer un nouveau croquemitaine situé quelque part entre Mesrine, Castro et Ben Laden. Et comme « terroriste » était déjà associé à « islamiste », et « gauchiste » à « Cohn-Bendit-en-mai-68 », ils se sont dit que « ultra-gauche » ça sonnait bien et surtout cela rappelait les heures sombres des années de plomb ; la RAF + Action directe + les Brigades rouges tout à la fois.

Il faut dire que le thème du « terrorisme gauchiste » est à la mode. Depuis quelques années on a pu en effet voir sur nos écrans plusieurs films évoquant cette question controversée : citons Buongiorno, notte de Marco Bellocchio (Ita., 2004), Les Trois vies de Rita Vogt de Volker Schlöndorff (All., 2000), Baader de Roth Christopher (All., 2002), Ni vieux, ni traitres de Pierre Carles (Fr., 2004) ou dernièrement La Bande à Baader d’Uli Edel (All., 2008) et ceci en attendant le Che en deux parties de Steven Soderbergh prévu pour 2009 et un Carlos signé Assayas encore en préproduction.

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Offensive sonore sur cinéma et politique décembre 17 2008

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RDV samedi 20 décembre 2008 sur Radio Genouille (88.8 FM) de 11 h à 12 h pour une interview de Régis Dubois sur “cinéma et politique”.

Le Rendez-vous des quais « oublié » par l’Histoire décembre 13 2008

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Le Rendez-vous des quais, film de Paul Carpita (Fr, 1955, 1h15)

L’Histoire, on le sait, est écrite par les vainqueurs. Il en va de même de l’Histoire du cinéma. Et qu’enseigne-t-on aujourd’hui dans les universités ? L’apport décisif de la Nouvelle Vague qui précipita le cinéma français – et le cinéma mondial – dans la modernité. Cette victoire ne serait rien d’ailleurs sans la fameuse « politique des auteurs » théorisée au sein des Cahiers du cinéma au cours des années 50 par ces mêmes futurs cinéastes de la Nouvelle vague (les Godard, Chabrol, Truffaut, Rohmer…). Cette nouvelle conception du cinéma avait pour but de valoriser le rôle du réalisateur qui se voyait ainsi promu au rang d’artiste génial et tout puissant à l’instar du peintre ou de l’écrivain.

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Films, luttes et résistances décembre 12 2008

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Rétrospective “Films, luttes et résistances” à l’Institut de l’Image d’Aix-en-Provence du 14 au 27 janvier 2009.

Texte de présentation : “À l’occasion du 60e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, l’Institut de l’Image a répondu à l’appel d’associations* pour proposer une programmation de films défendant la dignité humaine. Il se trouve en effet que le cinéma a toujours été un moyen privilégié pour témoigner de l’état du monde et pour célébrer l’Homme - et la Femme - dans toute leur complexité. Aussi notre choix s’est-il porté sur un échantillon représentatif d’oeuvres humanistes ayant contribué, chacune à leur manière, à dénoncer la barbarie et à célébrer la résistance. Des films qui, du fait même de leur existence, contribuent si ce n’est à rendre l’Homme meilleur, du moins à célébrer ce qu’il y a de meilleur en l’Homme : ce besoin impétueux de justice, de liberté et de dignité. Seront ainsi évoquées à travers douze oeuvres essentielles et incontournables, à la fois pour leur thème mais aussi pour leur traitement filmique, les grandes questions qui ont façonné notre vision de l’humanité au cours de ces 60 dernières années : la Shoah, la condition des femmes, le combat des Noirs américains, l’apartheid, le génocide cambodgien, le sort des prisonniers, la question des sans-papiers et de l’immigration, et plus généralement le problème du contrôle social et de la privation des libertés. Autant de témoignages précieux poursuivant en somme le même but : mettre en place « un dispositif d’alerte contre toutes les nuits et tous les brouillards qui tombent sur une terre qui naquit pourtant dans le soleil et pour la paix » (J. Cayrol au sujet de Nuit et brouillard)”.

Régis Dubois

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Hal Ashby, un hippy à Hollywood décembre 11 2008

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Comme toute discipline académique, l’histoire du cinéma a édifié au fil des ans son panthéon des chefs-d’œuvre incontournables et immortels dans lequel figurent les œuvres et les auteurs essentiels. Est-il besoin de rappeler que ceux-ci ont été intronisés par un collège de spécialistes habilités à juger de ce qui est « beau » ou « bon » et de ce qui ne l’est pas ? Aussi, comme dans toute sélection, il y a les heureux élus et les autres : les amuseurs, les besogneux, les tâcherons, les copistes, les atypiques et les mal-aimés… Parmi ceux-là figure assurément Hal Ashby. Qui ça ? Hal Ashby - dont vous trouverez peut-être, à force de persévérance, une notice laconique sur le Net du style : « Monteur et réalisateur américain né le 2 Septembre 1929 à Ogden, Utah, USA, décédé le 27 Décembre 1988 à Malibu, Californie, USA ». Et pas grand-chose de plus, ni sur Wikipedia, ni sur Allociné…

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La Nouvelle Babylone : la commune de Paris (re)vue par le cinéma soviétique décembre 3 2008

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Film de Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg (URSS, 1929, 1h15)

C’est un fait, les films sur la commune de Paris demeurent extrêmement rares. La raison en est-elle politique ? Sans aucun doute - par comparaison ceux sur la Révolution (bourgeoise) française sont bien plus nombreux. Personnellement je n’en ai vus que deux : La Commune (Paris 1871) réalisé en 2000 par l’anglais Peter Watkins (d’une durée de 3h30) et celui-ci, La Nouvelle Babylone, tourné par les Soviétiques Kozintsev et Trauberg en 1929.

Mais allons droit au but : ce film est exceptionnel. Les auteurs, avec un art consommé du montage (ellipse, montage parallèle, rapprochements allégoriques) revisitent ici cet épisode tragique de l’histoire du mouvement ouvrier avec une ferveur communicative et un sens aigu de la parabole qui frôle parfois la perfection.

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